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Les auteurs : Buchet - Morvan  


"BLA...BLA"
Interview réalisée pour la collection "GENESE".(BD Motion)


- Quel est votre parcours ?
PhB : Je suis né en 1962, quitté l'école avant le bac pour travailler dans l'illustration, notamment en tant que DA dans une boîte de communication. J'ai alors rencontré S. Savoia qui m'a fait rencontrer JD Morvan qui m'a fait rencontrer JC Camano, qui indirectement m'a fait rencontrer G. Delcourt qui m'a fait rencontrer Nävis.


JDM : Je suis né en 1969, j'ai obtenu un bac A3 avant de tenter de finir une année à Saint-Luc, à Bruxelles. Incapable de tenir plus de 6 mois, nous avons monté un projet avec Sylvain Savoia et j'ai rencontré l'équipe de Zenda (première époque) au festival de Villeneuve d'Asc. Nous avons donc signé "Reflets Perdus" avant d'être rachetés par Glénat où nous avons lancé Nomad. C'est à cette occasion que nous avons commencé à travailler avec Philippe Buchet, le reste est plus connu.


- Avantages et inconvénients de travailler en atelier ?
JDM : La promiscuité et la promiscuité.


PhB : J'échappe au bordel chez moi, mais je n'échappe pas au bordel de l'atelier !


- Références pour mise en image de votre univers ?
JDM : Les exigences scénaristiques d'abord, puis PH. Buchet.


PhB : Littérature, ciné, BD, et design en général.


- Vantez votre dernière création.
JDM : Engrenages est une sorte de Road Comic qui se déroule dans un univers très différent des deux Sillage précédents. Mais j'espère que les lecteurs y trouveront l'émotion et les surprises que nous essayons de mettre dans chaque album.


PhB : C'est bien, lisez-en plein !


- Passage de l'enfance à l'âge adulte : Credo de Sillage ?
JDM et PhB : Du tome 1 oui, bien sûr. Le deuxième parle de la liberté de disposer de soi même, le troisième de la quête du père. Normalement, chaque album de Sillage traîte d'un sujet dans l'évolution de Nävis, et d'un problème plus général de société, politique, social ou ethnique. Le tout est fondu dans l'aventure afin d'offrir toute la fluidité possible à l'histoire. N'oublions pas que Sillage est avant tout une BD grand public, ce qui n'exclut pas qu'elle puisse délivrer un message.


- Pourquoi avoir tué Houyo ?
PhB : Toutes ces rayures à dessiner à la couleur, l'enfer !!


JDM : Cette question trouve sa réponse dans la question précédente. La mort de cette grosse peluche, qui suit de près le cisaillage de la natte de Nävis marque brutalement son passage dans l'âge adulte. En fait, Houyo n'a existé que pour mourir page 15, car tous les personnages sont créés dans un but précis, aucun n'est dû au hasard (même si parfois ils évoluent en cours d'histoire). Je suis d'ailleurs assez content d'avoir réussi à attacher le lecteur à ce personnage qu'on ne voit que dans 8 pages avant celle de sa mort.


- Comment se passe votre collaboration ?
JDM : On discute tout d'abord de l'univers graphique que nous avons envie d'adopter pour l'album à venir. La SF est riche, c'est parfois une longue discussion. Puis nous cherchons un concept fondateur autour duquel articuler le scénario et dans lequel Nävis pourrait avoir un rôle. Ensuite, j'organise l'histoire en scènes, leur allouant un nombre de pages afin de ne pas dépasser les 46 qui me sont allouées (54 pour le tome 3). Nous discutons de ces scènes avec Philippe, les réorganisons parfois, et une fois que tout est en place, je commence à écrire l'album page par page, case par case, dialogue par dialogue. Ensuite, je le passe à Philippe à qui je passe le clavier présentement pour qu'il continue l'explication.


PhB : Étapes classiques : découpage dessiné (le story-board est la phase la plus importante de la création graphique d'une page). Ensuite, crayonnés, encrages et mise en couleur informatique (pour plus de détails, voir "la genèse", disponible sur ce site).


- Votre plus grande qualité chacun ?
PhB : Opiniâtre pour combler ma difficulté à tout dessiner.


JDM : Pour moi, je dirai la capacité de rebondir. Pour Philippe, sa facilité à tout dessiner.


- Votre plus gros défaut ?
JDM : Pour moi, la fragmentation de mon esprit. Pour Philippe, le bordel sur son bureau.


PhB : Merci JD.


- Relations avec vos lecteurs ?
JDM et PhB : Bonnes en général. Mais comme nous les rencontrons le plus souvent en dédicaces, il s'agit souvent de fans. Ils ne représentent pas tous nos lecteurs. Alors je dirai que notre meilleure relation avec notre public, ce sont nos livres, simplement.


- Anecdotes ?
PhB : Beaucoup de lecteurs s'imaginent que Nävis existe (ma petite amie, ou pire ! !). Ce n'était pas le cas mais maintenant si, un couple ayant appelé sa petite fille du prénom de notre héroïne !


JDM : Au début, peu de gens voulaient que je dessine des conneries sur leurs albums. Je n'étais "que" le scénariste et c'est vrai que parfois, je me laissais aller à de drôles d'idées (dessiner une moustache à un personnage féminin dans toutes les pages du livre, coller des peaux de saucisson derrière la couverture, crobarder des Casimir dans des positions incongrues etc). Aujourd'hui, j'ai souvent du mal à m'échapper de la table pour aller faire un petit tour. J'en suis flatté d'ailleurs, mais il faut aussi dire que je me suis calmé, je suis plus raisonnable, je "gâche" moins les albums.


- Vous dans 10 ans ?
JDM : Professionnellement avec 10 Sillage de plus (il y a de la matière), et une foultitude de nouvelles jolies séries qu'il me tarde d'inventer. Personnellement : marié, trois enfants (dont deux filles blondes), chauve et souriant.


PhB : Au bord de la mer, la grande qu'est à l'ouest !!


- La BD doit-elle coller au réel ou rester un moyen d'évasion ?
JDM : Pourquoi "rester" un moyen d'évasion ? La BD n'a jamais été qu'un moyen d'évasion !! C'en est aussi un, comme le cinéma ou le roman. Je crois qu'on peut tout aborder en BD. Certains auteurs ont du talent dans une branche, d'autres dans une autre, c'est ça qui est intéressant. Dans l'ensemble, il me paraît important de s'intéresser au média dans lequel on travaille pour essayer de le faire un peu avancer.


PhB : Pour moi, elle est les deux.


- Comment abordez-vous la BD en tant que lecteurs ?
PhB : De manière éclectique.


JDM : Comme un boulimique. Je lis beaucoup (BD, Mangas, Comics), et dans tous les genres, de Fréon (des anciens de ma classe à Saint-Luc) à Dupuis. Il y a des choses intéressantes partout, il faut juste faire les connections afin de pouvoir progresser grâce à ses lectures. Moi, j'aime la BD, et la BD, c'est tout ça en même temps.


- Quels conseils donneriez-vous à de jeunes auteurs ?
PhB : Faites un métier sérieux !!


JDM : Pour les jeunes scénaristes, avant tout de trouver des dessinateurs pour monter des projets. Les éditeurs ne lisent que très rarement des scripts seuls. Et puis de rencontrer des pros, c'est le meilleur moyen de se mettre en phase avec la réalité du métier. Car souvent, le plus délicat à gérer, c'est le basculement entre la passion (dessiner des pages quand on en a envie) au métier (dessiner aussi quand on n'en a pas envie).


- Quel métier feriez-vous s'il n'y avait pas la BD ?
JDM : Écrivain ou cinéaste me paraissent des métiers moins en correspondance avec mes aspirations. Alors disons que je n'en sais rien et on ne sera pas loin de la vérité.


PhB : Je serai resté directeur artistique !!


- Que pensez-vous des dédicaces et des salons ?
JDM : C'est un bon moyen de retrouver des copains qu'on ne voit pas souvent dans l'année, et de voyager aussi. La rencontre avec les lecteurs est souvent furtive, mais aussi souvent sympathique. Mouais, dans l'ensemble, j'aime bien.


PhB : Ouais, il a raison. Dommage qu'on doive perdre son temps à dessiner dans nos livres.


MERCI A P.BUCHET, J.D MORVAN ET AUX COLOR TWINS .

REIMS LE 22 AOUT 2000.